1989

3'38'', pellicule super 8,  son stéréo, 2013

co-réalisé avec mathilde gilot.

produit avec le soutien de la petite marchande de films - caen - et de regard indépendant - nice.

 mars 1989, lhassa, tibet. une manifestation pacifiste autour du temple de jokhang dégénère. il m'écrivait de l'hôtel alors qu'il était là-bas et qu'il assistait à la scène. sans moyen de faire des images, il a fallu les inventer.

 

 

 

c’était l’époque où je ne voyageais pas encore. pas physiquement du moins, parce que dans ma tête je me projetais déjà au bout du monde. à ce moment je recevais plein de lettres, directement dans mon cerveau, celles du tibet étaient les plus importantes et je me demandais ce qu’il fallait en faire, ce que je pouvais en faire. il m’écrivait de si loin et je n’avais pas d’images pour raconter tout ça. vraiment, quand il m’a confié ses mots en me demandant d’en faire quelque chose, que pouvais-je bien répondre ?

 

je ne sais plus bien comment j’ai découvert le tibet… parfois je me demande s’il ne reste pas quelques vestiges d’une vie oubliée quelque part, un moment d’enfance sur lequel je n’arrive pas remettre la main. j’ai l’impression que ce pays m’a toujours habité mais le premier souvenir tangible que j’ai, c’est celui, à l’adolescence, de la rencontre avec le bouddha d’azur, bande dessinée de l’auteur suisse cosey (celui-là même à qui j’emprunterai quelques années plus tard le titre de mon film l’espace bleu entre les nuages. j’ai toujours eu peur qu’il m’en veuille pour ça, il faut l’avouer) on y raconte l’histoire d’un jeune homme qui se trouve embarqué dans les évènements qui secouent le tibet à partir de 1949. je découvrais l’histoire de ce pays oublié dans un mélange de crainte et de dégoût. c’était en 2008, année des jeux olympiques de pékin, que je me retrouvais seul, dans ma chambre, à boycotter. l’acte ne portait pas loin mais j’étais incapable de faire autrement alors que les frontières du tibet se fermaient et que les manifestations étaient réprimées dans le sang. c’est le moment où j’ai commencé à comprendre que je ne réaliserai pas le rêve de tourner un film dans la région. c’est le moment où j’ai commencé à comprendre que la vie de l’homme n’avait pas de valeur quand on la plaçait devant un contrat et des promesses de croissance.

 

mais ce récit de trois jours tibétains là ? celui qui arrivait en liaison direct dans mon cœur et mon cerveau. comment pouvais-je le traiter. il n’y avait pas d’images pour raconter tout ça. il fallait alors les inventer. ce n’était sans doute pas un acte gratuit, je le savais. comment alors ne pas trahir ? ne pas abîmer ou salir les mémoires ? la métaphore et l’allégorie me semblaient alors les meilleurs moyens : ne pas reconstituer, ne pas chercher à recréer une véracité. assumer la fabrication, montrer l’artifice c’est déjà dire quelque chose, c’est souligner le fait qu’effectivement il n’y a pas d’images. l’espace créé dans ce film se trouve alors à la croisée des mondes : fiction, documentaire ? essai, tout simplement. il s’agissait de reprendre à mon compte un évènement de l’histoire et de le commenter, à l’aune de ma sensibilité, de ma compréhension naïve.

 

 

 

 

 

 

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sans image (2017)