shariputra

4'52'', vidéo hd, found footage,  son stéréo, 2013

primée au concours arte creative recyclyng 360° géo #2, paris.

''shâriputra, les formes ne sont pas différentes du vide, le vide n’est pas différent des formes. les formes sont le vide, le vide est les formes. il en va de même des sensations, des perceptions, des constructions mentales et de la conscience.»

sutra du cœur

 

la première fois que j’ai entendu cet enseignement cher aux bouddhistes de l’école du zen, il m’a semblé représenter exactement ce que je pense de la vidéo et des arts de la représentation du réel. on entend souvent, lorsqu’on parle de la vidéo ou de la photographie, que ces médiums donnent une image scientifique presque toujours perçue comme étant la vérité. si aujourd’hui l’arrivée du numérique et de la 3d commence à semer le trouble dans l’esprit des spectateurs, il n’en reste pas moins que l’image en mouvement pour fonctionner à besoin que le spectateur croit et adhère au simulacre qui lui est présenté. il doit croire en la réalité de ce qui lui est montré pour adhérer à l’histoire, pour s’identifier à ce qui se passer et vibrer au même moment que les protagonistes du film. chaque situation devient alors le prétexte à faire résonner une corde chez les spectateur par le biais de l’identification (ou de ce que l'on appelle la pulsion scopique, plaisir de regarder, de voir, celle qui s'empare du voyeur comme de tout spectateur de cinéma). bien sûr, c'est ainsi que fonctionnent fictions et documentaires dans l'industrie cinématographique, industrie de l'illusion, de l'escapade, du rêve. comme le monde est illusion et rêve pour le bodhisattva avalokitesvara, orateur du sutra du cœur. même si la vidéo capte le réel, le résultat n’en est pas moi une image, image que j’aimerais que le spectateur considère comme telle et qu’il s’approprie. s'approprier une image, c'est lui donner le pouvoir de signifier quelque chose. et le sens, comme on le sait, est lui aussi fluctuant.

 

filmer le reflet de l’image dans l’eau, c’est montrer l’image pour ce qu’elle est. comme disait hayao yamaneko dans sans soleil de chris marker :

 

 

''des images moins menteuses que celles que tu vois à la télévision parce qu’elles se donnent pour ce qu’elles sont : des images. pas la forme transportable et compacte d’une réalité déjà inaccessible.''

 

 

montrer l’image pour ce qu’elle est c’est mettre fin au simulacre de la réalité et mettre fin au pacte sacré qui relie le spectateur au film. il n’y a plus besoin d’adhérer à l'illusion, plus besoin de faire croire à la réalité et donc plus besoin de raconter d’histoires. en assumant le fait qu’elles ne soient qu’images, on peut faire appel à de nouveaux sentiments chez le spectateur qui se retrouve alors dans une posture nouvelle : celle d’essayer de comprendre un nouveau message (et d'ailleurs faut-il véritablement et toujours essayer de comprendre ? n'y aurait-il pas une certaine satisfaction, une certaine sagesse à laisser la lumière balayé l'écran sans être troublé par la coloration à lui donner ?) ici l’image ne sert pas d’illustration, elle fait sens par elle-même, pour elle même. elle n’est plus seulement véhicule d’un message, elle devient elle-même message et se livre dans son intimité, dans sa forme brute et première. signal de communication. projeter une idée, une image, c’est toujours un geste dirigé fondamentalement vers l’extérieur. projeter c'est proposer. comme en amour, on adhérera ou non, on participera au sens ou non en amenant ce qui se trouve au fond de nous. en faisant résonner notre propre corde, né de notre propre expérience, de notre  propre histoire.

 

 

 

 

ce film a été réalisé à partir de plans de coupe de cinq documentaires arte 360° géo.

 

 

 

 

 

 

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